« 17 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 135-136], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1476, page consultée le 25 janvier 2026.
17 septembre [1846], jeudi soir, 10 h. ½
J’ai eu la visite de Mme Rivière et de sa petite fille un instant après que tu as été parti, mon
doux adoré, elle venait de chez sa sœur Joséphine qui est malade comme tu sais. Elle s’en est allée très tard.
Elle vient très rarement mais quand elle vient, elle ne sait pas s’en aller. Du reste
bonne et excellente femme, une sainte, mais très peu amusante. C’est une fatalité attachée à presque toutes mes amies que
l’insignifiance et la nullité de leur conversation, ce qui ne les empêche pas d’être
les plus honnêtes et les meilleures femmes du monde, au contraire.
Eh ! bien mon
Victor adoré, est-ce demain décidément que tu conduis ta famille à la campagne1 ? M. Louis est-il venu ce soir et l’a-t-il permis ? Je
sais qu’il le faut, je sens que c’est juste et nécessaire mais je n’en éprouve pas
moins une grande tristesse et un grand ennui à l’avance. Je voudrais en reculer le
moment indéfiniment si cela se pouvait sans nuire à personne et je voudrais surtout
que cette journée et toutes celles que tu dois passer à Villequier soient déjà à
l’état de souvenir, tant je les redoute. Je ne peux pas souffrir la pensée de te
savoir loin de moi même pour si peu de temps. Je supporte mieux ton absence te sachant
auprès de moi. C’est bête mais c’est ainsi. Que voulez-vous que j’y fasse, mon cher
petit bien-aimé adoré ?
J’espérais que vous ne m’auriez pas laissé achever ce
gribouillis et que j’aurais été forcée de vous demander crédit jusqu’à demain, mais je vois que je me suis trompée. Justement voici la
sonnette du jardin. Dieu soit loué je vais donc vous voir et je ne vous devrai rien. Soir Toto,
soir mon petit o, papa est bien i. Je te baise et je t’adore [illis.].
1 Victor Hugo a l’intention de se rendre prochainement en Normandie avec sa femme et sa fille, et de se recueillir pour la première fois sur la tombe de Léopoldine. Avant cela, le 18 septembre 1846, il doit conduire Charles passer sa convalescence chez les Georges à Vert-le-Grand, ainsi que François-Victor.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
